#Auteursencolère après la France, le Royaume-Uni

Par : Angèle Boutin

20/07/2018

Alors que les éditeurs britanniques ont enregistré l’an passé des ventes record, les auteurs déplorent une baisse de leurs revenus. Et réclament leur part.

Les ventes en ligne ont dépassé au Royaume-Uni les 5,7 milliards de livres en 2017, soit une hausse de 5% par rapport à l’année précédente. 

Les ventes de livres papier ont augmenté de 31%, les livres audio de 25% et l’exportation de 8% en 2017. 

Malgré ces records de vente, le rapport de l’ALCS, organisme s’occupant des droits d’auteurs, rapporte que les revenus de ces derniers ont globalement baissé de 42% au cours de la dernière décennie. Le revenu annuel moyen d’un auteur étant inférieur à 10 500 livres. 

« Les auteurs ont vu leurs revenus diminuer alors que les éditeurs prospéraient »

Tracy Chevalier, auteure de La jeune fille à la perle, rappelle au Guardian que « la plupart des écrivains subviennent à leurs besoins grâce à divers emplois : l’enseignement, le journalisme et les petits boulots. L’écriture est une source de revenus décroissante. Si elle continue à diminuer, les gens arrêteront d’écrire. Cela n’en vaut pas la peine »

L’auteure est aussi présidente du Royal Literary Fund qui vient en aide aux écrivains rencontrant des difficultés financières. Elle a noté une augmentation des demandes de subventions de la part de jeunes écrivains. Une marque, selon elle, de la réticence des éditeurs à prendre le risque de publier plus d’un ou deux livres à la fois : « les écrivains débutants reçoivent moins de soutien de la part des éditeurs […] dans leur développement sur plusieurs titres ce qui pourrait accroître leur communauté et stabiliser les ventes »

Un marché saturé par une typologie d’auteur

Joanne Harris, auteure de Chocolat explique que « les éditeurs ne semblent pas disposés à publier autre chose que le prochain livre de l’homme blanc d’une soixantaine d’année »

Rajoutant par la suite que « les auteurs sont sacrifiés pour ‘l’édition de célébrités’ » en faisant référence aux fonds mobilisés pour les publications des vedettes des réseaux sociaux et des célébrités, comme par exemple Brooklyn Beckham qui a reçu une avance pour un livre « qui ne se vend pas »

Philip Womack partage cet avis : « quand le dernier livre de David Walliams est sorti, il a fait une tournée en Grande-Bretagne en hélicoptère, ce qui me semble extravagant quand on sait que cet argent aurait pu soutenir d’autres auteurs, débutants ou confirmés »

Nicola Solomon, directeur de la Society of Authors, pour souligner l’incohérence de la situation, mentionne le cas de Geraldine McCaughrean qui avait été abandonnée par sa maison d’édition suite aux ventes désastreuses de son livre pour recevoir par la suite la Médaille Carnegie. « Les éditeurs s’offrent beaucoup d’auteurs, sans s’investir auprès d’eux, surtout quand l’investissement financier n’était au départ pas conséquent »

Les éditeurs répliquent « Amazon »

Stephen Lotinga, directeur général de l’Association des éditeurs britanniques réfute cette accusation : « je ne pense que les revenus [des auteurs] baissent ». Il a toutefois admis que les éditeurs avaient du mal à résister à l’appel des supermarchés et des libraires en ligne en échange de la promotion de titres individuels. 

Le quasi monopole d’Amazon concernant la vente en ligne a été également été relevé par un auteur de best-seller comme responsable de la situation : « c’est entièrement de la faute d’Amazon si le prix des livres n’a pas augmenté au cours des vingt dernières années ». En effet, quand il a demandé à son éditeur pourquoi son nouveau livre, publié vingt ans après le premier, serait vendu au même prix, celui-ci lui a répondu que c’était pour s’assurer le soutien du géant de la vente en ligne. 

Amazon nie l’existence d’une telle pression sur les éditeurs, faisant du lectorat une priorité, et en rappelant que les auteurs qui travaillent pour Kindle Direct Publishing peuvent recevoir jusqu’à 70% de royalties. 

Source : The Guardian / Crédits Illustrations : Auteurs en colère

TEMPS DE LECTURE: 3 minutes

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