Le Machine Learning révèle la quantité exacte de mots ne venant pas de Shakespeare dans une pièce

Par : David Moszkowicz

27/11/2019

Alors que la pièce Henri VIII est attribuée depuis des décennies à William Shakespeare et John Fletcher, un algorithme confirme le co-auteur du Barde et distingue avec précision la paternité de chaque passage.

Comme le rappelle le MIT Technologiy Review, John Fletcher était déjà un auteur prolifique et reconnu à la mort de Shakespeare en 1616. Les pièces du Barde étaient jouées par la compagnie de théâtre King’s Men, qui s’est tournée vers Fletcher pour prendre sa suite.

Si la renommée des deux auteurs a connu des fortunes différentes, le critique littéraire James Spedding avait déjà noté en 1850 des similitudes entre le style de Fletcher et des passages du Henri VIII de Shakespeare. Spedding avait donc conclu à une collaboration entre les deux hommes

À l’édifice des démonstrations linguistiques d’experts, Petr Plecháč de l’Académie des Sciences de Prague apporte désormais la pierre de la démonstration scientifique.

Le chercheur a d’abord nourrit son logiciel des corpus littéraires de Spedding et de Shakespeare, et l’a testé sur des extraits. En prenant soin de travailler sur des textes employant le même style littéraire, pour éviter la variable de l’évolution possible du style d’un auteur.

Une fois que l’algorithme a appris le style d’un auteur, par ses mots les plus utilisés et le rythme de ses phrases, il est en principe capable de lui attribuer un texte jamais étudié auparavant.

Plecháč a donc soumis à l’algorithme des pièces écrites séparément par Shakespeare et Fletcher dans la même temporalité qu’Henri VIII, pour reconnaître le style de chacun. Ensuite le logiciel a été libre d’examiner l’ensemble de la pièce sujet d’étude, pour déterminer à qui pouvait appartenir chaque passage.

La conclusion est sans appel, Fletcher étant l’auteur de presque la moitié de la pièce, mais pas seulement de certaines scènes : parfois de certains vers au milieu d’autres de Shakespeare. Par exemple, dans l’Acte 3 Scène 2, l’algorithme trouve l’empreinte des deux auteurs à partir du vers 2081, alors que Shakespeare revient seul au vers 2200, avant le début de l’Acte 4, Scène 1.

Et Plecháč de conclure que la main de Philip Massinger est absente de l’ouvrage, contrairement à ce qu’ont pu affirmer certains chercheurs.

Si MIT Technologiy Review espère de la technique qu’elle puisse bientôt réécrire un texte journalistique dans le style du Barde, ce débouché reste improbable

En revanche, en France, Petr Plecháč va peut-être enfin pouvoir trancher l’affaire Corneille-Molière, qui agite les spécialistes de longue date.

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