Des chercheurs saisissent l’Autorité européenne de la concurrence contre l’éditeur Elsevier

Par : Angèle Boutin

13/11/2018

L’éditeur universitaire Elsevier est accusé par des universitaires de mener des actions « anticoncurrentielles ». Avec un bénéfice net d’environ 3 milliards de dollars (et des bénéfices d’exploitation supérieurs à 1 milliard de dollars), Elsevier est l’un des éditeurs universitaires les plus importants à l’échelle mondiale.

La société s’est par ailleurs faite connaitre en poursuivant les sites pirates tels que Sci-Hub ou LibGen, accusés d’avoir donné un libre accès à des millions d’articles scientifiques sans autorisations. Elsevier avait à cette occasion gagné le procès, avec un million de dollars de dédommagement.

Depuis, la société a renforcé la protection de ses articles contre les sites pirates. Une action qui a fortement été critiquée par les universités et les chercheurs : tout d’abord dans des éditoriaux, puis sur les réseaux sociaux et, aujourd’hui, au niveau de l’Union Européenne (EU Anti-Comptition Authority).

Jonathan Tennant et Björn Brembs, tous deux universitaires sont les premiers à avoir assigné le groupe RELX d’Elsevier devant l’Autorité européenne de la concurrence dès la fin du mois d’octobre. Et la semaine dernière, l’Association européenne des universités (EUA) a suivi le mouvement au nom des quelques 800 établissement d’enseignement supérieur (47 pays) quelle représente.

L’association (EUA) a ainsi adressé une lettre à la Commission européenne, dans laquelle elle partage son inquiétude face au manque de transparence et de concurrence dans le secteur de l’édition universitaire en Europe.

L’EUA compare le business modèle des éditeurs à l’image suivante : « imaginez un agriculteur qui possède, nourrit et traite sa vache afin de donner gratuitement le lait à une entreprise laitière, avant de le racheter à un prix très élevé dans une bouteille de lait ».

Une double problématique

Jonathan Tennant a expliqué à Torrent Freak que la concurrence est difficile à mettre en place étant donné que chaque article académique est unique et précieux : soit vous y avez accès, soit pas. De plus, Elsevier ainsi que d’autres éditeurs gardent secrets leurs accords de prix, grâce à des clauses de non-divulgation, ce qui est considéré comme une pratique anticoncurrentielle.

Et Tennant de rajouter : « Ces deux éléments combinés, ainsi que les problèmes liés au droits d’auteur, à la concentration du marché, aux profits obscènes et au blocage des fournisseurs, créent un ‘’marché’’ inadéquat autour de l’édition scientifique, ce qui a un impact négatif sur l’ensemble de la recherche ».

L’alternative Sci-Hub

C’est pour ces raisons qu’Alexandra Elbakyan a lancé la bibliothèque pirate Sci-Hub, permettant à de nombreux chercheurs de lire les articles auxquels ils n’ont pas accès. Tennant explique qu’à ses yeux « Alexandra et Sci-Hub ont accompli un travail phénoménal en soulignant l’incroyable dysfonctionnement dans l’accès à la recherche […]. Elle a démontré que l’accès au savoir est simple à fournir ».

Si l’aspect dénonciateur et facilitateur de Sci-Hub est loué par Tennant, il relève un point négatif : le site pirate pourrait entraver les progrès autour de l’Open Source (accès ouvert) : « les chercheurs ne sont plus incités à s’engager […] dans l’open source. Par exemple, en archivant eux-mêmes gratuitement leur travail ».

Jonathan Tennant espère que la Commission européenne mettra fin à ce qu’il considère comme « un abus de pouvoir et du droit d’auteur », expliquant que là où Sci-Hub tente de « détruire le contenu payant » par la force, il faudrait directement changer le système éditorial au coeur du système.

Crédits photos : CC0 License

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