États-Unis : la crise de l’imprimerie provoque de nombreuses pénuries de titres

Par : Caroline Garnier

02/01/2019

Tous les ans, en période de fêtes, une poignée de livres se retrouve en rupture de stock. Cette année, les pénuries sont davantage généralisées et peinent à être renflouées compte-tenu des capacités restreintes des imprimeurs.

Cette année a été particulièrement fructueuse pour l’industrie de l’édition américaine. The Association of American Publishers révèle que les revenus des éditeurs, tirés des ventes de livres papiers, ont augmenté de 3,5 % et les ventes à l’unité chez les libraires indépendants ont augmenté de 5 %. De nombreux titres tels que  Fear de Bob Woodward, The President Is Missing de Bill Clinton et James Petterson ont même dépassé le million d’exemplaires, voire les trois millions d’exemplaires pour le livre de Michelle Obama, Becoming.

Une forte demande que les imprimeurs ont eu dû mal à contenter, comme le démontre la pénurie des titres populaires. De nombreux titres, acclamés par la critique, comme Asymnetry de Lisa Halliday, The Overstory de Richard Powers ou encore The Great Believers de Rebecca Makkai, étaient en rupture de stock sur Amazon, une semaine après Noël, n’ayant pas pu être réimprimés assez rapidement.

Selon les auteurs, cette pénurie serait en partie due aux éditeurs et aux détaillants qui préfèreraient commander moins d’exemplaires pour éviter d’avoir trop d’invendus. Dans le cas où un titre rencontre un certain succès, une autre commande est effectuée. Or, le temps d’impression d’un lot de livres peut prendre jusqu’à un ou deux mois.

Les capacités des imprimeurs sont trop restreintes pour pouvoir satisfaire efficacement une demande importante. « Si vous avez un livre qui décolle comme Becoming, vous devez arrêter ce qu’ils imprimaient auparavant, pour pouvoir imprimer davantage d’exemplaires de ce titre, ce qui induit un retard d’impression de ce qu’ils étaient en train d’imprimer avant . Le train est alors déraillé » explique  Denis Abboud, chef dirigeant de Reader Link, principal distributeur de livres pour Walmart et Target.

Le retard est tellement important qu’il se répercute sur l’année d’après, obligeant ainsi les éditeurs à modifier les dates de publications de certains ouvrages de janvier, dont les exemplaires ne peuvent pas être imprimés à temps. Penguins Random House a ainsi été contraint de repousser la sortie d’une douzaine de livres en 2019.

La fusion et l’effondrement des sociétés d’imprimerie est selon les éditeurs une autre des raisons pouvant expliquer la pénurie. La grande imprimerie Edward Brothers a fermé ses portes cet été tandis que  Quad Graphics et LSC Communications, deux des plus grands imprimeurs des Etats-Unis, vont fusionner cette année. Un contexte qui fait craindre aux éditeurs une diminution des services d’impression.

De plus, le secteur de l’imprimerie est elle-même confrontée à des problèmes logistiques et économiques, tels que la pénurie de papier et l’augmentation des prix. Une porte-parole de la société Quad Graphics, qui possède 55 centres de production d’imprimés et 22 000 employés dans le monde précise que l’entreprise «  a connu des difficultés de recrutement en raison du taux de chômage exceptionnellement bas ».

Cette pénurie n’épargne pas les grands et les petits détaillants, même si une grande entreprise comme Amazon peut plus facilement se remettre des pertes de ventes qu’une librairie indépendante. Les magasins Barnes & Nobles ont été affectés par « des quantités limitées, des retards dans les dates de publication et une livraison juste à temps qui a entraîné des frais de livraison » précise le directeur des ventes de l’enseigne, Tim Mantel. Les librairies indépendantes ont également eu du mal à répondre à l’engouement des best-sellers, même si beaucoup d’entre elles avaient anticipé ces pénuries en faisant des commandes plus importantes.

Cette situation frustre bien évidemment les consommateurs mais aussi les auteurs, qui craignent de ne pouvoir récupérer les royalties perdus mais aussi de descendre dans le classement Amazon. Face à la rupture de stock de son roman sur le site de vente en ligne, Rebecca Makkai a exhorté les lecteurs à se procurer son livre chez des libraires indépendants. « Mon imprimeur fait tout ce qui est son pouvoir, mais c’est vraiment un très mauvais timing » se désole-t-elle sur son post Facebook.


Source: New York Times

Crédits photos: Creative Commons

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