Lettre ouverte de John Sargent : l’emprunt d’ebooks diminue la valeur perçue du livre

Par : Rachèle Rodier

31/10/2019

Alors qu’à partir du 1er novembre, l’embargo imposé par Macmillan sur ces nouveaux titres aux bibliothèques américaines entrera en vigueur, le PDG du groupe d'édition s’est adressé aux bibliothécaires dans une lettre ouverte.

Dans sa lettre ouverte, John Sargent présente des excuses pour le manque de transparence par rapport à ses différentes prises de décisions. Il explique également que la décision d’imposer un embargo a été prise suite à une étude et de multiples concertations avec des systèmes bibliothécaires et l’Association des bibliothécaires américains (ALA) et qu’en un sens, il ne reviendra pas dessus.

L’embargo annoncé plus tôt dans l’année prévoit que les bibliothèques ne puissent désormais acheter qu’une seule copie numérique des nouveaux titres de Macmillan, au cours des huit premières semaines suivant la parution du titre en question. Après les huit semaines, les bibliothèques pourront obtenir d’autres copies sous licence pour des durées différentes.

Ce que John Sargent souhaite mettre en valeur, c’est la grande facilité avec laquelle le public peut emprunter des ebooks en bibliothèque, et qui cannibalise selon lui le marché de l’achat de livres, faisant changer de mode de consommation des acheteurs afin de privilégier l’emprunt.

La question de la valeur du livre provient de deux problèmes selon le PDG : « 1) la différence de revenus entre un prêt et une vente et 2) la valeur perçue d’un livre lors de sa publication ». Ainsi, deux variables ont été déterminées : le prix et la disponibilité. Macmillan ne souhaitant pas impacter le prix, il a été décidé que la solution serait de jouer sur la disponibilité de l’ebook.

Conciliant, John Sargent rappelle dans sa lettre ouverte, que les bibliothécaires ont demandé à de multiples reprises l’acquisition perpétuelle des titres, ce qui est désormais possible pour une copie par titre. Il a également été demandé à Macmillan de diminuer le prix des livres, et l’éditeur a donc réduit de moitié le prix du premier exemplaire commandé.

L’association des bibliothécaires américains (ALA) avait demandé le 11 septembre dernier au PDG de Macmillan de revenir sur sa décision : « S’il vous plait, écoutez nos lecteurs, et abandonnez vos plans d’embargo ». Expliquant que le manque de disponibilité des nouveautés sur une période de huit semaines serait une gêne importante pour les usagers.

John Sargent a conscience de ce problème : « le manque de disponibilité au cours des huit premières semaines frustrera certains lecteurs d’ebooks et que cela rendra votre travail plus difficile », pour autant « ce serait trop handicapant pour les auteurs, les éditeurs et les libraires » si l’obtention des livres via le prêt se fait de manière simultanée pour l’usager.

Et de conclure avec une déclaration d’amour aux bibliothèques : « Nous essayons de trouver un terrain d’entente, nous n’essayons pas de nuire aux bibliothèques […]. Nous avons confiance dans les bibliothèques. Nous soutenons les programmes de bibliothèques depuis des décennies. Nous réalisons le rôle que les bibliothèques jouent dans la découverte, l’apprentissage de lecture et la formation des lecteurs ».

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3 commentaires sur “Lettre ouverte de John Sargent : l’emprunt d’ebooks diminue la valeur perçue du livre

    Dans ces conditions de marché les livres « hors papier » n’évolueront jamais et l’offre ne sera jamais cohérente. Il est temps de créer le chaînon manquant entre les livres papier et hors papier. Il se nomme « Livre connecté » et son usage est le Transmedia. Il faut absolument préserver la lecture sur papier, autrement dit « la lenteur dégustative du livre » tout en modernisant ce dernier. Depuis dix ans l’évolution du livre est stoppée par ses producteurs, les éditeurs et ignorée de ses géniteurs, les auteurs. JMG

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