Théo Hoffenberg : « Reverso est un portail de services linguistiques tout intégré »

Par : Lucile Payeton

11/07/2019

Théo Hoffenberg est le fondateur et président du service de langues Reverso. Il revient pour BookSquad sur l’évolution du développement de l'outil linguistique, dont les services s’adressent au grand public et aux professionnels, et sur le nouveau système de filtrage de contenus mis en place suite à une polémique récente.

BookSquad : Comment est née l'idée de Reverso ? 

Théo Hoffenberg : Reverso existe depuis environ 21 ans et a commencé comme service de traduction automatique. Nous avons ainsi créé les premiers logiciels de traduction automatique de qualité, qui pouvaient s’installer sur des PC. Nous avons ensuite créé le premier service de traduction sur Internet.

L’idée était d’utiliser au mieux les technologies pour avoir des applications sur les langues, à un moment où un tel service de qualité n’existait pas. Dès le début, il a fallu penser à toutes les applications possibles de l’utilisation des technologies pour mieux traiter les langues.

BS : En quoi Reverso se différencie-t-il des autres sites ou applications proposant des services de traduction, de dictionnaires multilingues, comme par exemple DeepL, Google Translate ou encore Linguee ? 

T.H. : Reverso est un portail tout intégré rassemblant tous les services pour utiliser les langues : traduction automatique, dictionnaire collaboratif, correction, dictionnaire de synonymes, grammaire et conjugaison. 

Linguee est assez proche de ce que Reverso offre sur le web. Les deux répondent au même type de besoin, qui est celui d’une traduction variée, grâce à du corpus étendu. Cependant, Reverso Context offre plus de contenu, notamment un corpus enrichi en langue parlée.

En ce qui concerne DeepL, lancé par la même entreprise que Linguee, le site est assez similaire à ce que Reverso fait en matière de traduction automatique.

Nous bénéficions d’une offre de traduction de documents, qui permet la traduction et la révision en ligne de n’importe quel texte. La traduction automatique peut être ensuite peaufinée et révisée, soi-même ou que l’on délègue à un réviseur en partageant le document traduit. 

Cette fonctionnalité s’avère très intéressante pour les éditeurs. Lors de la vente des droits d’un ouvrage à l’international, ils peuvent proposer une pré-traduction d’assez bonne qualité dans la langue de l’éditeur étranger, afin que celui-ci la lise et puisse juger si le livre l’intéresse ou non.

Inversement, l’éditeur peut demander une pré-traduction d’un livre étranger avant d’en acheter les droits pour vérifier si celui-ci se fondrait bien dans sa ligne éditoriale. 

BS : Pourriez-vous nous expliquer ce qu’est Reverso Context ?

T.H. : L’application a été lancée il y a quatre ans, du fait du succès du site web. Nous en avons conservé le cœur, c’est-à-dire le dictionnaire étendu et enrichi, au moyen d’exemples.

Nous avons rajouté des fonctionnalités supplémentaires, comme la conjugaison, la possibilité de faire son propre tableau de vocabulaire, mais aussi développé des fonctionnalités pour aider lors de l’apprentissage, notamment au travers de fiches et de livres de vocabulaire qui permettent de s’exercer par des jeux.

BS : Qu’envisagez-vous de développer dans l’avenir ?

T.H. : Nous travaillons à la synchronisation entre les formats. Aujourd’hui, lorsque l’usager navigue sur l’application, il retrouve son historique de recherche du site web, mais l’inverse n’est pas encore possible, ce sur quoi nous travaillons actuellement.

Il y a aussi tout un travail de pédagogie à effectuer auprès de nos usagers, qui souvent connaissent l’un des deux formats, mais n’utilisent pas l’autre.

De manière générale, nous continuons à affiner la précision du contenu de nos services, que cela soit en matière de traduction automatique, de traduction technique, ou en vocabulaire.

Nous souhaitons continuer à développer les services que Reverso propose déjà, en faire des outils plus précis, en continuant d’élargir le service de traduction spécialisée, afin de répondre au mieux au besoin de notre clientèle de professionnels.

Cette précision est primordiale notamment pour les entreprises de traduction qui utilisent Reverso en pré-traduction. Au total, nous avons constaté que nous faisions gagner 30 % de productivité mesurée aux traducteurs qui utilisent nos outils. 

BS : En matière de filtrage, quelles sont les modifications qui ont été opérées sur le service de traduction en contexte ? 

T.H. : Si nous prenons l’exemple du mot « gay » en français et en anglais, afin d’éviter que certains usagers ne soient choqués ou perturbés par des exemples en contexte, qui peuvent apparaître dans les résultats de leur recherche, le site web et l’application proposent tous deux la traduction du terme recherché.

Un message d’avertissement expliquant que le contenu des exemples proposés peut être perçu comme choquant ou inapproprié apparaît à l’écran. C’est ensuite l’usager qui décide de déverrouiller ou non la liste d’exemples à consulter.

Ce nouveau système d’avertissement bien mis en avant se présente comme une solution intermédiaire pour ne pas montrer des exemples dont le contexte est jugé inapproprié. 

Nous avons reçu plusieurs interrogations des usagers, qui se demandent en quoi certains termes anodins apparaissent comme potentiellement inappropriés. Ce n’est pas le terme en question qui est jugé sensible et sur lequel nous voulons retenir l’attention des usagers, mais plutôt son utilisation en contexte.

Le procédé de filtrage reste très complexe. Quand le contexte peut être facilement modélisé, il nous est possible de supprimer ou limiter manuellement les contenus à risque.

Mais lorsque le contexte joue sur l’imaginaire de l’utilisateur, qui peut voir le terme comme sensible, c’est là que l’usager nous notifie le caractère potentiellement inapproprié des résultats.

Tout contenu, même avec des termes anodins, comme « fille » ou « garçon », peuvent engendrer des exemples dont le contexte peut être jugé inapproprié ou choquant. 

 

Propos recueillis par Lucile Payeton 

TEMPS DE LECTURE: 3 minutes

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