La nomination du prix Nobel de littérature 2019 suscite l’indignation

Par : Rachèle Rodier

11/10/2019

Le couronnement de Peter Handke, admirateur de Slobodan Milosevic, et « négationniste » du génocide pendant les guerres dans l’ex-Yougoslavie au cours des années 90, ne finit pas de créer des remous.

Peter Handke a en effet publié en 1996 Justice pour la Serbie, un pamphlet polémique suite aux bombardements de 1999 visant à contraindre Slobodan Milosevic, alors président serbe, à retirer ses troupes du Kosovo. L’auteur avait pris la défense du dictateur.

Enfin, le soutien de Peter Handke à l’ex-président alors en attente de jugement pour « crime de guerre », « crimes contre l’humanité » et « génocide » à sa mort en 2006, a également fait polémique : « Le monde, le soi-disant monde sait tout sur la Yougoslavie, la Serbie. Le monde, le soi-disant monde, sait tout sur Slobodan Milosevic » (Le Monde).

Ainsi, le président du Kosovo, Hashim Thaçi s’est exprimé hier soir dans un tweet : « Le génocide en Bosnie et au Kosovo a eu un auteur. [Peter] Handke a choisi d’en soutenir et défendre les auteurs. La décision de l’Académie du Prix Nobel a apporté beaucoup de souffrances aux innombrables victimes ».

La réaction de Pen America, association qui protège les auteurs à travers le monde, ne s’est pas faite attendre, publiant un communiqué de presse intitulé : « Profond regret suite à l’élection de Peter Handke pour le prix Nobel de littérature 2019 ».

Et de rajouter : « Nous sommes abasourdis par la décision prise de nommer un écrivain qui a utilisé sa voix publique pour saper la vérité historique et offrir, de manière publique, un secours aux auteurs du génocide, comme l’ancien président serbe Slobodan Milosevic et le dirigeant serbe de Bosnie Radovan Karadzic ».

L’association, par le biais de sa présidente, Jennifer Egan, rappelle que par habitude elle ne se mêle pas des prix littéraires, reconnaissant les « décisions subjectives » et les critères qui ne sont pas uniformes. Pen America déplore un choix qui va à l’encontre de la communauté littéraire, qui « mérite mieux que ça », en cette période de « montée du nationalisme », « et de la désinformation généralisée dans le monde entier ».

De son côté, l’ancien secrétaire perpétuel du Prix Nobel de littérature a rappelé que « un prix littéraire, ce n’est pas un prix politique, et c’est sur ses mérites littéraires que nous lui avons décerné ce prix », précisant que le prix est remis à l’ensemble de son œuvre.

Sans doute l'Académie n'en avait-elle pas assez des polémiques.


Source : Le Monde - Pen America

Illustration : Niklas Elmehed - @PrixNobel

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